
La restauration Alpine A110 Groupe 4 est, par nature, un exercice d’équilibre : préserver une berlinette de rallye telle qu’elle a été pensée, tout en la rendant fiable et exploitable dans les contraintes actuelles de la compétition historique. L’A110 est devenue une référence grâce à sa légèreté, sa motricité et une efficacité redoutable sur routes sinueuses — autant de qualités qui expliquent son statut d’icône. Pour une mise en contexte général sur le modèle, on peut consulter la page Alpine A110.
Sur cette voiture, nous sommes en présence d’une Groupe 4 usine ayant reçu au fil du temps plusieurs évolutions Groupe 5. Elle est équipée d’un moteur Renault préparé par Marc Mignotet et elle est restée 33 ans dans les mains du même propriétaire — un historique précieux, autant pour l’authenticité que pour la traçabilité technique. L’objectif de l’intervention n’était pas de « refaire du neuf », mais de remettre la voiture à un niveau cohérent de fonctionnement, de sécurité et de fiabilité, sans effacer ce qui fait son identité.
L’Alpine A110 Groupe 4 : une berlinette pensée pour le rallye
Développée à partir des années 1960, l’Alpine A110 s’impose très vite en rallye grâce à une recette simple et terriblement efficace : un poids contenu, une architecture compacte et une mise au point orientée vers l’agilité. En Groupe 4, la voiture vise la performance sur des spéciales longues, parfois cassantes, où la stabilité, le refroidissement, la transmission et la fiabilité des périphériques deviennent aussi décisifs que la puissance pure. Sur une A110 réellement « de course », la qualité de l’assemblage, la cohérence des réglages et la capacité à encaisser les contraintes d’endurance déterminent la compétitivité autant que le moteur.
La restauration Alpine A110 Groupe 4 menée par O-ONE
À son arrivée dans nos ateliers, un symptôme imposait une décision rapide : le circuit de refroidissement montait très vite en pression. Sur ce type de mécanique, c’est un signal qu’il faut prendre au sérieux. La priorité a donc été de confirmer le diagnostic, puis de sécuriser l’ensemble moteur afin d’éviter toute dégradation en chaîne (joint, chemises, culasse, périphériques et, à terme, bas moteur).
Diagnostic et ouverture moteur
La montée en pression nous a conduits à ouvrir le moteur et à procéder à une inspection complète. La culasse s’est révélée fendue : plutôt que de tenter une réparation approximative, nous avons préparé une culasse de remplacement, conforme à l’esprit de la voiture et compatible avec son niveau de préparation. Dans la même logique, pistons et bielles ont été remplacés afin de repartir sur une base saine, avec des jeux, des assemblages et des contrôles adaptés à une utilisation en compétition.
Cylindrée, cohérence d’époque et fiabilité
Nous avons volontairement conservé la cylindrée d’époque, à savoir 1860 cm³. Ce choix reflète une approche de restauration responsable : respecter la configuration historique de la voiture et éviter toute dérive « restomod » qui ferait perdre du sens au projet. L’objectif est d’obtenir une auto exploitable, performante et réglable, tout en restant cohérente avec sa définition et ses évolutions connues.
Transmission, refroidissement et faisceau électrique
Au-delà du moteur, une voiture de rallye historique se juge sur la cohérence de l’ensemble. Nous avons donc revu la boîte de vitesses ainsi que le circuit de refroidissement (cause première du démontage) afin de stabiliser les températures et la pression en conditions d’effort. Le faisceau électrique a également été repris : sur ce type d’auto, l’électricité n’est pas un détail, c’est un facteur direct de fiabilité (démarrage, charge, instrumentation, ventilation, pompe(s) éventuelle(s), éclairage selon les épreuves).
Une Alpine A110 prête pour la compétition historique
Depuis ces travaux, cette Alpine A110 évolue en Championnat de France Historique. C’est la meilleure validation possible : une auto qui roule, qui chauffe correctement, qui passe ses kilomètres, et dont l’exploitation devient prévisible pour son pilote et son équipe. Notre rôle, sur ce type de projet, consiste autant à restaurer qu’à fiabiliser : documenter, contrôler, régler et accompagner l’auto dans la durée, pour qu’elle reste compétitive sans perdre sa vérité.
Ce projet illustre ce que doit être une restauration de voiture de course : une intervention précise, argumentée, orientée vers l’usage réel. L’Alpine A110 Groupe 4 ne se résume pas à une silhouette — c’est une mécanique vivante, avec ses exigences, ses compromis et ses solutions d’époque. Et c’est précisément ce qui la rend passionnante à remettre en piste.
















